Six heures de bus entre Missoula et Livingston, un arrêt forcé pour réparer une fuite d'huile en chemin et des centaines de miles de paysage ont défilé sous mes yeux. Fini les collines douces et apaisantes de Missoula, me voilà entourée de hautes montagnes enneigées, au pied desquelles coule la Yellowstone River. Les rivières ici sont sauvages et sinueuses, se répandent au fond des vallées et créent des milliers d'îlots verdoyants en leur sein. Livingston et la Yellowstone ont servi de décor à plusieurs films, dont "Et au milieu coule une rivière" et "L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux". J'ai déambulé dans la ville ce samedi, pendant mes heures de libre, et j'attendrai d'avoir vu la ville sous le soleil pour vous en dire plus. Ça n'avait pas vraiment l'allure d'un décor de cinéma sous la pluie, mais je peux déjà vous affirmer qu'il y a un monde entre Arlee et Livingston, du western spaghetti à Robert Redford!

La ferme se trouve à une trentaine de minutes à pied de Livingston; Marc et Caroline, les agriculteurs, habitent en ville avec leur petit garçon, Zach. Nous sommes deux wwoofers à vivre à la ferme pour l'instant, un troisième devant arriver mi-mai. Vince a 58 ans et profite de sa retraite pour faire du wwoofing ici et là. Deux choses à son sujet: il vient du Minnesota et je ne comprends rien quand il me parle / c'est le sosie de Woody Allen. Mais ce n'est pas un mauvais bougre, et il s'occupe de couper le bois pour alimenter le fourneau, ce qui est bien pratique :)

Il a soufflé sans arrêt depuis mon arrivée, un vent à décorner les boeufs, et des températures en-dessous de 10° la nuit. Nous nous sommes aménagés des lits de fortune dans la grange qui est le bâtiment communautaire (soyez tranquille, il dort dans la pièce qui sert de bureau). La grange est équipée de salles de bain, cuisine, grand salon, et surtout est chauffée en attendant que les nuits deviennent plus douces. Normalement nos chambres individuelles sont des bus plein de charme, mais dépourvus de chauffage et d'isolation. Le mien est une reproduction d'Into the Wild... heureusement que nous sommes fournis en nourriture par Marc et Caroline. Trois congélateurs sont remplis de légumes de la ferme, haricots verts, betteraves, brocolis, aubergines, tomates, et je n'ai pas encore atteint leur fond. Un régal, avec un peu de beurre à la poële!

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Nous avons une centaine d'arbres fruitiers à planter à la main cette semaine, et avec tous les trous que je creuse avec ma pelle, pas besoin de faire de fitness le soir venu! Ce matin nous sommes arrivés au bout des poiriers, dont les noms français sonnent joliment dans la bouche des Américains: Beurré d'Anjou, Doyenné du Comice. Ensuite viendront les pommiers et les cerisiers. Le leitmotiv de Marc pour creuser les trous: penser que d'ici 20 ans, il pourra faire un alcool délicieux de ses fruits! On est pas si loin du Valais au final!

Cet après-midi, météo oblige, nous avons travaillé sous la serre, qui sert de nurserie pour tous les légumes et les plantes aromatiques qui seront transplantés plus tard dans les champs. Et contrairement au titre de mon blog, ça n'était pas un rêve pour les tomates. Ma tâche était d'éliminer les pousses surnuméraires dans les petits pots pour qu'un seul plant de tomate y croisse. À chaque pousse que je jetais par dessus l'établi, j'entendais le petit cri lancinant d'une tomate qui mourait. C'est dur le maraîchage :)

nurserie