J'ai profité de mon jour de congé pour aller à Arlee, petit village sur le territoire duquel est installée ma ferme. Il m'a fallu quinze minutes pour traverser la campagne à vélo, et autant de chiens qui ont aboyé mon passage devant chaque enclos.

Arlee, une unique rue, quatre bars, une station d'essence, trois églises, six cents habitants. J'avais jusqu'ici voyagé en évitant la caricature des USA, les gens rencontrés étaient chaleureux, l'épidémie d'obésité pas si effroyable, et je n'avais mangé que deux hamburgers (et encore, végétariens...) en cinq semaines et demi, tout ça sans boire une goutte de Budweiser.

Mais Arlee est une authentique expérience du Far West. Far Far West. Je suis arrivée au milieu de la rue principale, et il y a 150 ans de ça, j'aurais été un cowboy raclant mes éperons sur le sol poussiéreux, des buissons secs déboulant de derrière le saloon pour m'accueillir dans ce patelin sordide. Je me suis pourtant acclimatée facilement à l'accent américain, mais lorsque j'ai entendu parler deux ranchers sur le parking, j'ai vérifié s'ils machouillaient leur dentier pour que leur prononciation soit aussi incompréhensible. Non, ils étaient trop jeunes pour ça, ils étaient simplement de la région. Devant la station service, une femme changeait à la main le prix de l'essence avec des affichettes jaunies par les années. A l'intérieur du magasin, les gens croisés semblaient étrangement tous de la même famille. Je m'arrête là, sinon vous croirez que je fais un remix de la comptine "compère qu'as-tu vu?".

skull

Mais le but de ma visite était un tea-room/gallerie d'art, implanté de manière saugrenue à Arlee. Le dîner était délicieux, les desserts faits maison valaient le déplacement, et la jeune serveuse sympathique (et bien qu'elle m'ait avouée être née et restée depuis toujours à Arlee, elle ne devait pas faire partie de la même famille que les autres gens précédemment rencontrés). Comme j'étais l'unique cliente en dehors de Chuck, un habitué, nous avons discuté des raisons de ma présence à Arlee (mon accent ne trompe personne ici...). Elle était abasourdie d'apprendre que j'avais toujours rêvé de venir dans le Montana, alors qu'elle devait sans doute projeter de s'en aller dès que possible. Et au vu du charme d'Arlee, je ne pouvais que la comprendre!