Arrivée vendredi à Missoula sous la neige, il me semble que plus j'avance dans mon voyage, plus le printemps me fuit. Mais cette impression ne dure que le temps de m'installer. Voilà que toute la semaine j'ai travaillé au soleil, en t-shirt, laissant derrière moi le teint de citadine pour adopter celui de fille de la campagne (ainsi qu'un coup de soleil incongru au fond des reins qui m'a empêché de dormir sur le dos). Ma tâche quotidienne: désherber les prés où commencent à pointer des fleurs locales sauvages. Ces dernières seront contrôlées et chouchoutées minutieusement toute la saison afin d'en récolter les graines (parfois pas plus grandes qu'une lente de pou... désolé pour l'image, mais c'est la seule chose qui me venait à l'esprit lorsque j'ai observé le stock de l'année passée). Le but de la ferme dans laquelle je me trouve: restaurer la flore des paysages endommagés par le feu, les mines désaffectées ou par une pollution quelconque. Six heures de désherbage par jour, et voilà que j'ai les doigts ankylosés, les poignets courbaturés, et les index douloureux comme après une dissertation universitaire. Mais quelle satisfaction lorsque tirant sur une tige apparaît une racine de plus de quarante centimètres, qui va devenir la référence, chaque tige arrachée devenant un nouveau défi. Oui, désherber devient une obsession après quelques heures sous le soleil!

yellowbells

La vie à la ferme est agréable, et je n'ai pas vraiment l'impression de travailler, au milieu des chants d'oiseaux, des chevaux qui s'ébrouent et des poules qui caquettent. Le paysage autour de ma cabane est magnifique et les couleurs changent au gré de la météo. Mes hôtes sont jeunes, dynamiques et sympas, et font en sorte que je me sente à la maison chez eux. Leur chien m'accompagne dans les prés, et se dore la pilule alors que je m'acharne sur mes herbes. Ils étaient très surpris lorsque je leur ai demandé si le nom du chien, Dersu, venait du film éponyme Dersu Uzala. Je suis la première personne à reconnaître la référence: merci le ciné-club du collège des Creusets, je n'aurai pas vu ce film pour rien (contrairement à ce que j'ai pu penser à l'époque).

View from my cabin